Commandement de payer pour loyer impayé - que faire ?

Chronologie d'une procédure d'expulsion : commandement de payer, audience, décision judiciaire, réquisition de la force publique.

Écrit par

René Lenoir

Publié le

28 mai 2026

Table des matières

Un retard de loyer peut rapidement prendre une tournure juridique lorsqu’un commandement de payer est délivré par un commissaire de justice. Je présente ici son rôle, les délais à respecter, les démarches du locataire et du bailleur, les coûts de l’acte ainsi que les moyens concrets d’éviter une résiliation du bail ou une expulsion.

Les règles essentielles à retenir avant de laisser passer le délai

  • Six semaines pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits depuis le 29 juillet 2023.
  • Deux mois pour les baux plus anciens soumis à l’ancien délai légal.
  • L’acte doit détailler la dette, le loyer, les charges et les aides mobilisables, notamment le FSL.
  • Il ne provoque pas une expulsion immédiate, mais peut permettre au bailleur de saisir le juge.
  • Un accord écrit ou une demande de délai au juge peut préserver le maintien dans le logement.

À quoi sert cet acte dans une location

Le commandement est une demande officielle de régler une dette locative. Il est délivré par un commissaire de justice à la demande du bailleur, généralement après des relances et une mise en demeure restées sans effet.

Son enjeu principal est la clause résolutoire. Cette clause prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie, mais elle ne peut produire ses effets qu’après l’écoulement du délai légal. Le document n’est donc pas une décision d’expulsion et ne signifie pas que le locataire doit quitter le logement le jour même.

Je me concentre ici sur le bail d’habitation, notamment celui de la résidence principale. Pour un bail commercial, une location saisonnière ou un logement soumis à un régime particulier, les règles et les délais peuvent être différents.

Lire aussi : Charges locatives - ce que le bailleur peut vraiment réclamer

Les mentions qui doivent apparaître

Pour être valable, l’acte doit permettre au locataire de comprendre précisément ce qui lui est reproché et ce qu’il risque. Il doit notamment indiquer le montant mensuel du loyer et des charges, ainsi qu’un décompte détaillé des sommes réclamées.

  • le délai accordé pour payer ;
  • le détail des loyers et charges impayés ;
  • l’avertissement concernant la résiliation du bail et l’expulsion ;
  • la possibilité de demander une aide au Fonds de solidarité pour le logement ;
  • la possibilité de saisir le juge pour obtenir un délai de grâce.

Une erreur dans le décompte, l’absence d’une mention obligatoire ou une mauvaise identification du bail peut être contestée. Cela ne dispense toutefois pas de réagir rapidement, car une contestation tardive ne fait pas disparaître le risque de procédure.

Quel délai le locataire a-t-il pour payer

Le délai dépend de la date du bail, et non simplement de la date à laquelle les impayés sont apparus. Cette distinction est souvent mal comprise et peut changer complètement la stratégie à adopter.

Situation du bail Délai après la délivrance de l’acte Conséquence possible
Bail conclu, renouvelé ou reconduit depuis le 29 juillet 2023 Six semaines Saisine du juge si la dette reste impayée
Bail antérieur non renouvelé depuis cette date Deux mois Mise en œuvre possible de la clause résolutoire

Le délai court à partir de la signification de l’acte. Il ne faut donc pas attendre une nouvelle lettre du propriétaire ou un rappel de l’agence pour commencer à agir. Si la totalité de la dette est réglée dans le délai, la clause résolutoire ne devrait pas produire ses effets, sous réserve d’un décompte exact et d’une situation contractuelle régulière.

Un paiement partiel est utile pour montrer sa bonne foi et réduire la dette, mais il ne suffit pas toujours à stopper la procédure. Il faut idéalement l’accompagner d’un plan d’apurement écrit, c’est-à-dire un calendrier précis de remboursement accepté par le bailleur.

Que faire dès la réception quand on est locataire

La première réaction consiste à vérifier le montant demandé. Comparez le décompte avec vos relevés bancaires, vos quittances et les avis d’échéance. Une somme déjà payée, une charge non justifiée ou un ancien impayé prescrit peut modifier le montant réellement dû.

  1. Reconstituez la dette mois par mois et rassemblez les preuves de paiement.
  2. Contactez immédiatement le bailleur ou l’agence pour expliquer votre situation.
  3. Continuez à payer le loyer courant, même si vous ne pouvez pas régler toute la dette passée.
  4. Proposez un échéancier réaliste, avec une première somme versée rapidement.
  5. Demandez l’aide d’une assistante sociale pour mobiliser le FSL, la Caf, Action Logement ou d’autres dispositifs.
  6. Si nécessaire, saisissez le juge des contentieux de la protection afin de demander des délais de paiement.

Le juge peut accorder un délai de grâce pouvant aller jusqu’à deux ans, selon les ressources du ménage, le montant de la dette et la capacité réelle de remboursement. Une demande solide doit être accompagnée de justificatifs précis, comme les bulletins de salaire, les prestations reçues, les dépenses fixes et les propositions de paiement.

Lorsque les impayés s’ajoutent à plusieurs autres dettes, le dépôt d’un dossier de surendettement peut aussi être envisagé. Il ne faut pas le faire uniquement pour gagner du temps, mais parce que la situation globale ne permet plus de régler durablement les créanciers.

Quelles démarches doit suivre le bailleur

Le bailleur a intérêt à agir dès le premier incident. Une relance simple, puis une mise en demeure en lettre recommandée, permettent parfois de résoudre le problème sans engager une procédure coûteuse et longue.

Il peut aussi vérifier rapidement les garanties disponibles. Selon le dossier, il peut solliciter la caution, la garantie Visale ou une assurance contre les loyers impayés. Chaque dispositif impose ses propres délais de déclaration, et une démarche tardive peut compromettre l’indemnisation.

Lorsque le locataire bénéficie d’une aide au logement, l’impayé doit être signalé à la Caf ou à la MSA dès que le seuil réglementaire est atteint. En 2026, le seuil de référence est généralement fixé à deux fois le loyer mensuel, avec un calcul différent selon que l’aide est versée au locataire ou directement au bailleur.

Si le bail contient une clause résolutoire, le bailleur mandate ensuite un commissaire de justice pour délivrer l’acte. Celui-ci peut être signalé à la CCAPEX, la commission départementale chargée de prévenir les expulsions locatives.

À l’issue du délai, si aucun règlement complet ni accord sérieux n’est intervenu, le bailleur peut assigner le locataire devant le juge des contentieux de la protection. Le juge pourra se prononcer sur la dette, la résiliation du bail, l’expulsion et le montant de l’indemnité d’occupation.

Pour une dette inférieure ou égale à 5 000 euros, une tentative préalable de résolution amiable peut être nécessaire avant la saisine du tribunal, sauf exception. Ce détour n’est pas une formalité inutile lorsque les deux parties sont encore capables de négocier un calendrier tenable.

Combien coûte la procédure en 2026

En France métropolitaine, l’émolument de base du commissaire de justice est réglementé et dépend du montant de la créance. Les montants ci-dessous concernent la délivrance de l’acte, hors droit d’engagement de poursuites et frais complémentaires éventuels.

Montant de la dette Acte de paiement Signalement à la CCAPEX
Jusqu’à 128 € 16,76 € 6,51 €
Plus de 128 € à 1 280 € 33,53 € 13,03 €
Plus de 1 280 € 67,05 € 26,05 €

Des frais peuvent s’ajouter, notamment 11,28 € de déplacement pour une signification concernée, ou des frais liés à une transmission électronique. Le bailleur avance généralement les coûts de la première démarche, mais leur prise en charge finale dépend de la procédure et de la décision du juge.

Le propriétaire ne peut pas ajouter n’importe quelle somme au loyer sous prétexte d’impayé. Une facture détaillée du commissaire de justice permet de distinguer les émoluments réglementés, les débours et les éventuels honoraires libres.

Quand et comment contester la demande

Une contestation est pertinente lorsque la dette est fausse, déjà réglée ou calculée à partir de charges non exigibles. Elle peut également se justifier si l’acte ne comporte pas les mentions obligatoires ou si le bail ne permet pas de mettre en œuvre une clause résolutoire.

Commencez par envoyer au bailleur et au commissaire de justice un courrier clair, accompagné des pièces utiles. Indiquez les paiements concernés, demandez la correction du décompte et conservez une preuve de chaque échange. Ne vous contentez pas d’un appel téléphonique, même si le dialogue est bon.

Si le désaccord persiste, prenez conseil auprès d’une association de défense des locataires, de l’ADIL ou d’un avocat. Vous pouvez aussi saisir le juge des contentieux de la protection pour demander la vérification de la dette et, si nécessaire, des délais de paiement.

Le fait de ne pas retirer un courrier ou de refuser de recevoir l’acte ne bloque pas nécessairement la procédure. La signification peut rester valable selon les modalités utilisées par le commissaire de justice. C’est le contenu et la date de l’acte qu’il faut examiner, pas seulement la manière dont il a été découvert.

Ce que le locataire doit anticiper après une décision du juge

Si le juge résilie le bail et ordonne l’expulsion, le locataire reçoit ensuite un commandement de quitter les lieux. Ce nouvel acte ouvre en principe un délai pour partir, distinct de celui accordé pour régler les loyers.

L’expulsion matérielle n’est donc pas immédiate. En l’absence de solution de relogement adaptée, la trêve hivernale suspend généralement les expulsions du 1er novembre au 31 mars, sans effacer la dette ni les indemnités d’occupation dues pendant cette période.

Il est préférable de chercher une solution dès l’audience, en contactant la mairie, une assistante sociale, le service intégré d’accueil et d’orientation ou le bailleur social local. Attendre l’intervention de la force publique réduit fortement les possibilités de négociation.

Le meilleur moment pour éviter que la dette devienne une expulsion

Un impayé isolé se traite souvent avec un échange rapide et un calendrier raisonnable. Une dette qui augmente chaque mois devient beaucoup plus difficile à résorber, surtout lorsque le locataire ne paie plus le loyer courant.

De mon point de vue, les deux démarches qui font réellement la différence sont simples. Le locataire doit répondre avant l’expiration du délai et le bailleur doit privilégier un accord écrit, chiffré et contrôlable plutôt qu’une succession de relances informelles.

Le commandement marque un seuil sérieux, mais il laisse encore une possibilité d’action. Régler, négocier, demander une aide ou saisir le juge rapidement peut préserver le logement et éviter qu’un retard temporaire ne se transforme en procédure d’expulsion.

Cet article a un caractère purement informatif et éducatif. Le contenu a été élaboré avec l'aide d'outils analytiques et linguistiques modernes (IA). Avant de prendre une décision, consultez un expert.

Questions fréquentes

Le délai est de six semaines pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits depuis le 29 juillet 2023. Pour les baux plus anciens non renouvelés depuis cette date, il est de deux mois. Il court à partir de la signification de l'acte.

Il doit vérifier le décompte mois par mois, réunir ses preuves de paiement, contacter le bailleur et continuer à payer le loyer courant. Il peut proposer un plan d'apurement écrit, solliciter le FSL, la Caf ou Action Logement, et demander au juge des délais de paiement pouvant aller jusqu'à deux ans.

Non. Cet acte n'est pas une décision d'expulsion. Si la dette reste impayée à l'expiration du délai, le bailleur peut saisir le juge, qui décidera éventuellement de la résiliation du bail et de l'expulsion.

L'émolument de l'acte est de 16,76 € pour une dette jusqu'à 128 €, de 33,53 € entre 128 € et 1 280 €, et de 67,05 € au-delà. Des frais supplémentaires, notamment 11,28 € de déplacement, peuvent s'ajouter.

La contestation est possible si la dette est erronée, déjà réglée ou fondée sur des charges non exigibles. Elle peut aussi être justifiée si l'acte omet une mention obligatoire ou si la clause résolutoire ne peut pas être mise en œuvre.

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commandement de payer loyers impayés expulsion fsl clause résolutoire

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René Lenoir

René Lenoir

Je m'appelle René Lenoir, et c'est avec plaisir que je partage mes connaissances sur lexaa.fr, un espace dédié à l'immobilier, aux finances, au droit et au patrimoine. Fort de 4 années d'expérience dans ces domaines, j'ai développé une approche rigoureuse pour décrypter des sujets souvent complexes. Mon intérêt pour ces questions est né de la volonté d'aider chacun à mieux appréhender les enjeux qui touchent à sa vie quotidienne, que ce soit pour un investissement immobilier, une gestion financière avisée ou la compréhension des bases du droit patrimonial. Je m'efforce de vérifier mes sources et de croiser les informations pour vous proposer des contenus clairs, précis et toujours d'actualité, afin de vous accompagner dans vos démarches.

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