Après un dégât des eaux, un incendie ou une tempête, l’indemnisation annoncée par l’assureur n’est pas toujours celle que vous recevrez réellement. La différence vient souvent de la franchise, cette somme qui reste à votre charge, mais qui peut parfois être récupérée auprès d’un tiers responsable ou grâce à une garantie spécifique. Je vous explique dans quels cas un remboursement est possible, quelles démarches engager et comment vérifier le calcul proposé.
La franchise peut être récupérée, mais jamais automatiquement
- Tiers responsable identifié : votre assureur peut exercer un recours et vous restituer tout ou partie de la franchise.
- Contrat déterminant : le montant et le type de franchise figurent dans les conditions générales et particulières.
- Catastrophe naturelle : une franchise légale de 380 € s’applique généralement, ou 1 520 € après une sécheresse-réhydratation des sols.
- Garantie dédiée : certaines assurances ou options couvrent la franchise, avec des plafonds et des exclusions.
- Démarches rapides : déclarez le sinistre sous 5 jours ouvrés, ou sous 2 jours ouvrés en cas de vol, sauf délai contractuel plus favorable.

La franchise n’est pas toujours une perte définitive
La franchise correspond à la part des dommages que l’assureur ne prend pas en charge. Elle peut être fixée à 150 €, représenter un pourcentage du préjudice ou varier selon la garantie utilisée, par exemple pour un dégât des eaux, un vol ou un bris de glace.
Je conseille toujours de regarder le type de franchise avant de discuter le montant de l’indemnité. Une franchise absolue est déduite dans tous les cas, tandis qu’une franchise relative permet une indemnisation intégrale lorsque le dommage dépasse le seuil prévu.
| Type de franchise | Fonctionnement | Exemple |
|---|---|---|
| Absolue | Elle est déduite de chaque indemnisation. | 1 000 € de dommages avec 150 € de franchise donnent 850 €. |
| Relative | Aucune indemnité sous le seuil, mais indemnisation complète au-dessus. | 200 € de dommages avec un seuil de 150 € donnent 200 €. |
| Proportionnelle | Elle correspond à un pourcentage du dommage, parfois avec un minimum ou un maximum. | 10 % sur 3 000 € donnent une franchise de 300 €. |
La franchise doit apparaître clairement dans le contrat. Comme le rappelle Service-Public, l’assureur ne peut l’appliquer que dans les situations prévues par les garanties souscrites. Une ligne intitulée « franchise générale » ne suffit donc pas toujours à justifier une retenue sur un sinistre particulier.
Dans quels cas la franchise peut-elle être remboursée
Un voisin ou un autre tiers est responsable
Le cas le plus favorable est celui où la responsabilité d’un tiers est clairement établie. Une fuite provenant de l’appartement voisin, une tuile tombée depuis une autre propriété ou un dégât causé par une entreprise peuvent permettre à votre assureur de réclamer les sommes versées à l’assureur adverse.
Le remboursement de la franchise dépend toutefois du contrat et de l’issue du recours. Certains assureurs renoncent à l’appliquer lorsqu’un tiers identifié est responsable. D’autres la déduisent d’abord, puis la reversent lorsque le recours aboutit. Il faut donc demander explicitement si le dossier fera l’objet d’un recours contre tiers.
Une garantie couvre directement la franchise
Certains contrats proposent une option de remboursement de franchise ou un contrat séparé. Cette protection peut sembler intéressante, mais je la trouve utile surtout lorsque la franchise est élevée ou que le logement présente un risque important de sinistre.
Il faut vérifier au moins quatre éléments avant de souscrire, car les offres sont rarement illimitées :
- le montant maximal remboursé par sinistre et par année ;
- le nombre de sinistres couverts ;
- les garanties concernées, comme le dégât des eaux, le vol ou la tempête ;
- les exclusions, délais d’attente et conditions de déclaration.
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La catastrophe naturelle obéit à un régime particulier
Après une catastrophe naturelle, la franchise n’est généralement pas celle indiquée dans votre contrat. Elle est fixée par la loi à 380 € pour les biens à usage non professionnel, et à 1 520 € lorsque les dommages résultent d’un mouvement de terrain lié à la sécheresse ou à la réhydratation des sols.
Pour être indemnisé, il faut notamment que la commune soit reconnue en état de catastrophe naturelle par un arrêté interministériel. La déclaration doit être adressée à l’assureur au plus tard dans les 30 jours suivant la publication de l’arrêté. Dans ce cas, il ne faut pas compter sur un remboursement classique de la franchise, sauf disposition contractuelle plus favorable.
Comment demander la restitution de la somme retenue
La première étape consiste à déclarer le sinistre dans le délai prévu. Pour la plupart des sinistres habitation, le délai est de 5 jours ouvrés. Il est généralement réduit à 2 jours ouvrés pour un vol, avec dépôt de plainte à l’appui.Je recommande de faire la déclaration par écrit, même si elle a déjà été faite par téléphone. Joignez les photographies, les devis, les factures, le constat amiable de dégât des eaux et les coordonnées du tiers impliqué. Plus la responsabilité adverse est documentée, plus le recours a des chances d’aboutir.
- Déclarez le sinistre à votre assureur dans le délai applicable.
- Identifiez l’origine du dommage et recueillez les informations du responsable ou de son assureur.
- Demandez le détail du calcul de l’indemnité et le montant exact de la franchise.
- Exigez une confirmation écrite de l’ouverture d’un recours contre le tiers.
- Conservez les justificatifs jusqu’au règlement définitif du dossier.
Dans votre courrier, vous pouvez écrire simplement que vous contestez la conservation définitive de la franchise, que le tiers est identifié et que vous demandez la confirmation du recours exercé. Demandez aussi si le remboursement interviendra automatiquement ou si une nouvelle démarche sera nécessaire de votre côté.
Évitez de commencer des travaux importants avant le passage de l’expert ou l’accord de l’assureur. Les mesures d’urgence, comme couper l’eau, bâcher une toiture ou sécuriser une porte, restent évidemment nécessaires. En revanche, détruire les éléments endommagés ou réparer sans photographies peut compliquer la preuve du dommage.
Quel montant pouvez-vous réellement récupérer
Le montant récupérable ne correspond pas toujours à la totalité de la somme que vous avez dépensée. Il faut distinguer la franchise, la vétusté, les plafonds de garantie et les éventuelles exclusions. C’est souvent à ce stade que les attentes deviennent trop optimistes.
| Situation | Calcul de l’assureur | Récupération possible |
|---|---|---|
| Dégâts de 1 800 € et franchise absolue de 150 € | Indemnité initiale de 1 650 € | Les 150 € peuvent être restitués si le recours contre le responsable aboutit. |
| Dégâts de 100 € et franchise absolue de 150 € | Aucune indemnité | Il n’y a pas de franchise à récupérer, mais le dommage reste à votre charge. |
| Dégâts de 3 000 € et franchise proportionnelle de 10 % | Indemnité de 2 700 € | La restitution éventuelle porte sur les 300 € retenus. |
| Catastrophe naturelle avec dommages de 5 000 € | Indemnité théorique de 4 620 € après franchise légale de 380 € | La franchise est normalement conservée, sauf clause plus favorable. |
Une indemnisation peut aussi être réduite par la vétusté, c’est-à-dire la perte de valeur liée à l’âge du bien. Une garantie « valeur à neuf » peut limiter cette réduction, mais elle comporte souvent un plafond ou une condition de remplacement effectif du bien.
Dans un dossier de 2 000 €, récupérer 150 € est généralement simple à réclamer. En revanche, payer une contre-expertise de 800 à 1 000 € uniquement pour discuter une petite différence n’est pas toujours rationnel. Je réserve cette démarche aux sinistres importants ou lorsque l’évaluation du dommage est manifestement sous-estimée.
Que faire si l’assureur refuse ou ne répond pas
Commencez par demander les raisons précises du refus ou de l’absence de remboursement. L’assureur doit pouvoir indiquer la clause appliquée, le résultat du recours contre le tiers et les éléments qui empêchent la restitution de la franchise.
Si la réponse reste insatisfaisante, adressez une réclamation écrite au service prévu par le contrat. Joignez les échanges précédents et rappelez les faits en quelques lignes. Conservez la preuve d’envoi, car elle peut être utile pour la suite.
Après une réclamation restée sans solution, vous pouvez saisir le médiateur de l’assurance, généralement après l’expiration d’un délai de deux mois. Une expertise contradictoire peut aussi être envisagée lorsque le désaccord porte sur l’origine ou le montant des dommages, mais son coût doit rester proportionné à l’enjeu.
Le délai de prescription applicable aux litiges d’assurance habitation est en principe de deux ans. Une lettre recommandée demandant le règlement de l’indemnité peut interrompre ce délai, mais je conseille de ne pas attendre les dernières semaines pour formaliser votre contestation.Le réflexe qui évite de payer deux fois après un sinistre
À la clôture du dossier, demandez un décompte qui distingue clairement le montant des dommages, la vétusté, le plafond de garantie et la franchise. Cette présentation permet de repérer rapidement une erreur de calcul ou une retenue appliquée à tort.
- Vérifiez la clause de franchise correspondant exactement au sinistre.
- Demandez si un tiers responsable a été identifié.
- Obtenez par écrit la position de l’assureur sur le recours.
- Contrôlez les délais de déclaration et gardez toutes les preuves.
- Comparez le coût d’une garantie supplémentaire avec le montant réellement récupérable.
La franchise est donc une charge prévue par le contrat, pas une somme automatiquement perdue. Lorsqu’un tiers est responsable et identifiable, une demande précise, des justificatifs solides et un suivi régulier peuvent faire la différence entre une retenue définitive et une restitution complète.