Mettre un logement sur Airbnb en France ne consiste plus simplement à publier une annonce et à fixer un prix. La loi Airbnb encadre désormais la durée de location, l’enregistrement en mairie, le changement d’usage, la copropriété, la fiscalité et, dans certains cas, la performance énergétique. Je vous présente ici les règles réellement utiles pour savoir ce que vous pouvez louer, combien de temps et avec quelles démarches.
Les règles essentielles à vérifier avant de louer
- 120 jours maximum par an pour une résidence principale, avec une réduction possible à 90 jours selon la commune.
- Enregistrement obligatoire pour tous les meublés de tourisme au plus tard le 20 mai 2026.
- Une résidence secondaire peut nécessiter une autorisation de changement d’usage.
- Les recettes sont imposées en BIC, avec des seuils différents selon que le logement est classé ou non.
- Le règlement de copropriété peut interdire la location touristique, notamment en présence d’une clause d’habitation bourgeoise exclusive.

La règle dépend d’abord du logement loué
Le premier réflexe consiste à distinguer la résidence principale de la résidence secondaire. Une résidence principale est, en principe, le logement occupé au moins huit mois par an. Cette distinction détermine la durée maximale de location et les autorisations à demander.Résidence principale
Vous pouvez louer votre résidence principale comme meublé de tourisme dans la limite de 120 jours par année civile. Depuis 2025, la commune peut toutefois ramener ce plafond à 90 jours par délibération. Ce seuil ne se vérifie pas seulement dans votre calendrier personnel, car les plateformes doivent aussi empêcher le dépassement du plafond applicable.
Cette limite concerne la location du logement entier à une clientèle de passage. Elle ne transforme pas automatiquement une chambre louée occasionnellement en activité sans règles, mais le régime précis dépend de la manière dont le logement est occupé et proposé. Je recommande donc de vérifier la position de la mairie avant la première annonce, surtout dans les villes touristiques.
Résidence secondaire
Une résidence secondaire peut être louée plus longtemps, mais elle est aussi beaucoup plus souvent soumise à des contraintes locales. Dans certaines communes, il faut obtenir une autorisation de changement d’usage, car le logement quitte son usage d’habitation classique pour devenir une location touristique répétée.
Cette autorisation peut être temporaire ou permanente. Certaines villes imposent également une compensation, qui consiste à créer ou remettre sur le marché un logement destiné à l’habitation en contrepartie de la transformation d’un autre bien. Le coût et la faisabilité varient fortement selon la commune, parfois même selon le quartier.
Le cas du locataire
Un locataire ne peut pas publier librement le logement qu’il occupe. Il doit obtenir l’accord écrit du propriétaire et respecter les règles de sous-location, sans dépasser le montant de son propre loyer au mètre carré. Une clause du bail ou du règlement de l’immeuble peut aussi rendre l’opération impossible.
Les démarches à effectuer auprès de la mairie
La réglementation locale est devenue le point le plus délicat. Deux logements identiques peuvent être traités différemment à Lyon, à Biarritz ou dans une petite commune rurale. La mairie ou l’intercommunalité peut imposer une déclaration, un numéro d’enregistrement, une autorisation de changement d’usage ou plusieurs de ces formalités à la fois.
Déclaration et numéro d’enregistrement
La loi prévoit la généralisation de l’enregistrement préalable des meublés de tourisme sur l’ensemble du territoire au plus tard le 20 mai 2026. Le loueur devra passer par un téléservice et fournir des informations sur le logement, son adresse, sa capacité d’accueil et son statut de résidence principale ou secondaire.
Pour une résidence principale, il pourra être demandé de prouver cette qualité, notamment avec un avis d’imposition portant l’adresse du logement. Le numéro d’enregistrement devra ensuite figurer dans l’annonce lorsque la commune en délivre un.
Une ancienne dispense applicable à certaines résidences principales ne doit donc plus être considérée comme une solution durable. En 2026, je conseille de faire la démarche même si la commune n’exigeait pas auparavant de numéro spécifique, puis de conserver l’accusé d’enregistrement avec les autres documents du bien.
Changement d’usage
La déclaration en mairie et le changement d’usage sont deux démarches différentes. La première informe la commune de l’activité touristique. Le second peut être une autorisation préalable nécessaire pour exploiter une résidence secondaire ou un local transformé en hébergement touristique.Avant de mettre en ligne une annonce, il faut demander à la mairie quelles règles s’appliquent à l’adresse exacte du logement. Le règlement local peut prévoir des quotas, des secteurs protégés ou des conditions de compensation. Une simple simulation de rentabilité ne suffit pas si l’autorisation administrative n’est pas accessible.
Taxe de séjour
Si la commune a instauré une taxe de séjour, elle doit être collectée auprès des voyageurs puis reversée selon les modalités locales. La plateforme peut s’en charger, mais cette prise en charge ne dispense pas toujours le propriétaire de vérifier ses obligations déclaratives.
Le montant dépend de la catégorie du logement, du nombre de personnes et du tarif fixé localement. À Paris et dans certaines communes d’Île-de-France, les modalités de déclaration et de paiement sont particulièrement encadrées. Le ministère de l’Économie recommande de vérifier directement les règles de la commune concernée.
La copropriété peut limiter ou interdire les locations touristiques
Le droit de louer son bien n’efface pas les règles de l’immeuble. Avant toute publication, il faut lire le règlement de copropriété, notamment les clauses relatives à la destination de l’immeuble, à l’activité commerciale et aux nuisances.
Une clause d’habitation exclusivement bourgeoise peut interdire toute activité professionnelle dans les lots concernés. Dans ce cas, la location répétée à une clientèle de passage risque d’être incompatible avec le règlement, même si la mairie autorise l’activité.
La loi permet aussi à une copropriété de mieux suivre les locations touristiques. Le copropriétaire, ou son locataire lorsqu’il y est autorisé, doit informer le syndic lorsqu’un lot fait l’objet d’une déclaration de meublé de tourisme. Le sujet peut ensuite être inscrit à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale.
Les règlements établis depuis le 21 novembre 2024 doivent préciser explicitement si la location de meublés de tourisme est autorisée ou interdite. Pour les règlements plus anciens, l’analyse des clauses existantes reste indispensable. Je déconseille de se fier à l’avis d’un voisin ou à une annonce déjà présente dans l’immeuble, car une pratique tolérée n’est pas forcément légale.
La fiscalité change selon le classement du logement
Les revenus issus d’une location meublée touristique sont déclarés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, ou BIC. Le choix du régime fiscal dépend principalement du chiffre d’affaires, du classement du logement et du niveau de charges à déduire.| Type de logement | Seuil micro-BIC pour les recettes 2026 | Abattement forfaitaire |
|---|---|---|
| Meublé de tourisme non classé | 15 000 € | 30 % |
| Meublé de tourisme classé | 83 600 € | 50 % |
Ces recettes seront déclarées en 2027. Le classement du meublé est volontaire et doit être obtenu auprès d’un organisme habilité. Il peut améliorer le traitement fiscal, mais il ne rend pas le logement plus rentable par magie. Il faut comparer le coût de la démarche, les exigences du classement et le gain fiscal attendu.
Micro-BIC ou régime réel
Le micro-BIC applique un abattement fixe, sans tenir compte des dépenses réellement payées. Le régime réel permet de déduire les charges et, selon la situation, l’amortissement du bien et du mobilier. Pour un logement financé à crédit avec des travaux ou des charges importantes, le réel peut être plus intéressant, mais il implique généralement une comptabilité et l’intervention d’un professionnel.
Le choix ne doit pas se faire uniquement sur le taux d’abattement. Je regarde aussi les intérêts d’emprunt, les frais de ménage, les commissions de plateforme, les travaux, la taxe foncière et la durée prévue de détention. Un régime avantageux la première année peut devenir moins adapté après la fin des travaux ou lors de la revente.
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Autres prélèvements à prévoir
- La CFE, ou cotisation foncière des entreprises, peut s’appliquer à l’activité de location meublée, avec des exonérations selon les situations.
- Les cotisations sociales deviennent notamment un sujet lorsque les recettes annuelles dépassent 23 000 €.
- La taxe de séjour doit être collectée lorsqu’elle existe dans la commune.
- La TVA reste en principe exclue, sauf si l’activité ressemble à une prestation hôtelière avec au moins trois services parmi le petit-déjeuner, le nettoyage, le linge et la réception.
La fiscalité des loueurs en meublé non professionnels a aussi évolué pour les plus-values de revente. Les amortissements déduits peuvent désormais augmenter la plus-value taxable dans certains cas. Pour un investissement patrimonial, cette conséquence mérite d’être chiffrée avant l’achat.
Le DPE devient un vrai filtre pour certains logements
La performance énergétique concerne surtout les meublés de tourisme nouvellement proposés à la location lorsqu’ils sont soumis à une autorisation de changement d’usage. En métropole, ces logements doivent présenter un DPE compris entre A et E jusqu’au 31 décembre 2033, puis entre A et D à partir du 1er janvier 2034.
À partir de 2034, le maire pourra demander la transmission d’un DPE valide. L’absence de transmission pourra entraîner une astreinte de 100 € par jour, tandis que la location en infraction avec les règles énergétiques pourra être sanctionnée par une amende administrative pouvant atteindre 5 000 €.
Cette obligation ne signifie pas que chaque annonce Airbnb doit immédiatement afficher un DPE dans toutes les situations. Elle devient surtout déterminante pour les logements concernés par le changement d’usage. Dans un projet d’achat, je considère néanmoins le classement énergétique comme un critère de sécurité financière, car un logement classé F ou G risque de nécessiter des travaux coûteux pour rester exploitable.
Une méthode simple pour vérifier la conformité
Je conseille de traiter le dossier dans cet ordre, car cela évite de dépenser de l’argent avant d’avoir validé le droit de louer.
- Identifier le statut du logement en distinguant résidence principale, résidence secondaire, logement loué ou local commercial.
- Lire le règlement de copropriété et contrôler les clauses d’habitation bourgeoise, d’activité commerciale et de nuisances.
- Interroger la mairie sur la déclaration, l’enregistrement, le changement d’usage, les quotas et la limite annuelle applicable.
- Obtenir le numéro d’enregistrement et le faire apparaître dans l’annonce si la commune l’exige.
- Préparer les déclarations fiscales en choisissant entre micro-BIC et régime réel après estimation des charges.
- Vérifier le DPE, l’assurance et la sécurité du logement avant l’accueil du premier voyageur.
Les erreurs les plus fréquentes sont assez prévisibles. Certains propriétaires confondent déclaration et autorisation, d’autres dépassent les 120 jours parce que plusieurs plateformes sont utilisées, et beaucoup oublient de prévenir leur assureur ou leur syndic. Une annonce déjà publiée ne constitue jamais une preuve de conformité.
Il faut aussi prévoir un contrat ou des conditions de location claires, un état descriptif du logement, les coordonnées du loueur et les règles concernant les nuisances. La DGCCRF rappelle que le voyageur doit recevoir une information suffisamment précise avant de s’engager, notamment sur le logement, sa situation et son prix.
Le bon calcul avant de publier une annonce
Une location touristique peut offrir un revenu supérieur à une location classique, mais elle demande davantage de gestion, de disponibilité et de contrôle juridique. Entre les commissions, le ménage, les périodes creuses, la fiscalité, les travaux et le risque de changement réglementaire, le chiffre d’affaires affiché par une plateforme ne correspond pas au revenu réellement conservé.
Pour prendre une décision raisonnable, je calcule d’abord le revenu net annuel sur une hypothèse prudente, puis je vérifie que le projet reste viable avec une occupation réduite. Si la rentabilité ne fonctionne qu’avec un calendrier complet et un prix maximal toute l’année, le modèle est probablement trop fragile.
La bonne approche consiste à sécuriser l’adresse avant de chercher à optimiser l’annonce. Une autorisation obtenue, un règlement de copropriété compatible, une fiscalité choisie en connaissance de cause et un calendrier conforme valent souvent davantage que quelques réservations supplémentaires.