Un bail d’habitation peut sembler simple jusqu’au moment où apparaissent un dépôt de garantie contesté, des frais d’agence trop élevés ou un préavis mal calculé. La loi Alur encadre précisément ces situations et renforce les obligations du bailleur comme les protections du locataire. Je vous propose ici une lecture pratique des règles applicables à la location, du contrat initial jusqu’à la restitution des clés.
Les règles Alur qui changent réellement une location
- Bail écrit et annexes obligatoires pour sécuriser la relation entre les parties.
- Dépôt de garantie plafonné à un mois hors charges en location vide et deux mois en meublé.
- Préavis réduit à un mois dans les zones tendues pour une location vide, sous certaines conditions.
- Frais d’agence encadrés selon la surface et la zone géographique du logement.
- État des lieux précis indispensable pour éviter les retenues injustifiées au départ.

Ce que la loi Alur change pour une location
La loi Alur, adoptée le 24 mars 2014, a profondément modifié les rapports entre bailleurs et locataires. Elle ne remplace pas toutes les règles existantes, mais elle a notamment renforcé la loi du 6 juillet 1989 qui encadre les locations utilisées comme résidence principale.Son objectif est double. Le locataire bénéficie d’une information plus claire et de plafonds sur certaines dépenses, tandis que le propriétaire dispose d’un cadre plus précis pour rédiger le bail, gérer les impayés ou récupérer son logement. Cette protection concerne principalement les locations vides et meublées destinées à l’habitation principale.
Le régime applicable dépend toutefois du type de contrat. Une location vide, une location meublée, une colocation et un bail mobilité ne suivent pas exactement les mêmes règles. C’est la première vérification que je recommande avant de discuter du loyer ou du préavis.
| Type de location | Durée habituelle du bail | Préavis du locataire |
|---|---|---|
| Logement vide | 3 ans pour un bailleur particulier, 6 ans pour une personne morale | 3 mois, ou 1 mois dans certains cas |
| Logement meublé | 1 an, ou 9 mois pour un étudiant | 1 mois |
| Bail mobilité | De 1 à 10 mois, sans renouvellement classique | 1 mois |
Un bail conforme protège les deux parties
Le contrat doit être écrit et conforme au modèle réglementaire. Il indique notamment l’identité du bailleur et du locataire, la description du logement, sa surface habitable, la date de prise d’effet, le montant du loyer, les charges, le dépôt de garantie et les modalités de révision.
Pour une location vide, le bail dure en principe trois ans lorsque le propriétaire est une personne physique. Il passe à six ans lorsque le bailleur est une société ou une autre personne morale. Une durée plus courte peut exceptionnellement être prévue, mais elle ne peut pas descendre sous un an et doit être justifiée par un événement familial ou professionnel clairement indiqué dans le contrat.
En location meublée, le bail dure généralement un an. Le contrat étudiant de neuf mois ne se reconduit pas automatiquement. Le bail mobilité répond à une logique différente et s’adresse notamment aux étudiants, aux personnes en formation ou aux salariés en mission temporaire. Aucun dépôt de garantie ne peut être demandé dans ce dernier régime.
Les documents à joindre au contrat
Le propriétaire doit remettre une notice d’information sur les droits et obligations des parties, un dossier de diagnostic technique et un état des lieux. Le dossier comprend notamment le DPE, le diagnostic plomb pour les logements concernés, les diagnostics gaz et électricité lorsque les installations ont plus de quinze ans, ainsi que l’état des risques.
En meublé, il faut également joindre un inventaire détaillé du mobilier. Le logement doit comporter les équipements nécessaires à une vie quotidienne normale, notamment une literie, des dispositifs d’occultation dans les chambres, des plaques de cuisson, un réfrigérateur, des ustensiles de cuisine, des luminaires et du mobilier permettant de prendre les repas.
Je conseille aussi au candidat locataire de vérifier le classement énergétique avant de signer. En métropole, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location depuis 2025. Les logements classés F seront concernés en 2028, puis les logements classés E en 2034, selon le calendrier actuel de décence énergétique.
Les justificatifs que l’on peut demander au candidat
Le bailleur peut réclamer certains documents autorisés, comme une pièce d’identité, un justificatif de domicile, des justificatifs de revenus et un avis d’imposition. Il ne peut pas exiger n’importe quel document, par exemple un relevé bancaire complet ou un dossier sans rapport avec l’évaluation de la solvabilité.
Cette règle est souvent mal comprise. Le propriétaire reste libre de choisir son locataire parmi les dossiers recevables, mais il doit respecter la liste légale des justificatifs et ne peut pas écarter un candidat pour un motif discriminatoire.
Le loyer, les charges et les frais qui peuvent être réclamés
La loi Alur n’impose pas un montant unique de loyer partout en France. Le prix dépend de la commune, de la tension du marché et du type de logement. Dans une zone tendue, la hausse entre deux locataires ou lors du renouvellement du bail peut être limitée. Dans certaines villes, un plafond supplémentaire fondé sur un loyer de référence majoré s’applique.
Avant de signer, je vérifie donc toujours trois éléments. Il faut savoir si la commune est en zone tendue, connaître le loyer du précédent locataire et contrôler l’existence éventuelle d’un encadrement local renforcé. Un complément de loyer n’est pas automatique et doit correspondre à des caractéristiques particulières du logement.
Le bailleur ne peut pas non plus augmenter librement le loyer pendant le contrat. Une révision annuelle doit être prévue au bail et respecter l’indice de référence des loyers. Par ailleurs, les logements classés F ou G font l’objet de restrictions particulières sur l’évolution du loyer.
Le dépôt de garantie
Le dépôt de garantie est limité à un mois de loyer hors charges pour un logement vide et à deux mois hors charges pour un meublé. Il doit être indiqué dans le bail et ne peut pas être augmenté pendant la durée du contrat ou lors de son renouvellement.
Il ne sert pas à payer le dernier mois de loyer. Le locataire doit continuer à régler ses loyers jusqu’à la fin du préavis, même si le dépôt de garantie doit lui être rendu ensuite.
Les honoraires d’agence en 2026
Les frais de visite, de constitution du dossier et de rédaction du bail sont partagés entre le propriétaire et le locataire. La part du locataire ne peut pas dépasser la moitié de la facture et reste plafonnée au mètre carré.
| Zone | Plafond de mise en location depuis 2026 |
|---|---|
| Zone très tendue | 12,10 € par m² |
| Zone tendue | 10,09 € par m² |
| Zone non tendue | 8,07 € par m² |
| État des lieux d’entrée | 3,03 € par m² maximum |
Pour un appartement de 50 m² situé en zone tendue, la part maximale du locataire s’élève donc à 504,50 € pour la mise en location, auxquels peuvent s’ajouter au maximum 151,50 € pour l’état des lieux d’entrée. L’état des lieux de sortie amiable ne peut pas être facturé au locataire.
L’état des lieux est le meilleur outil contre les litiges
L’état des lieux doit être établi à l’entrée et à la sortie, idéalement dans les mêmes conditions de lumière et avec le même niveau de précision. Il décrit les sols, murs, plafonds, équipements, compteurs, clés et éventuelles anomalies. Des photographies datées peuvent compléter utilement le document.
Le locataire peut demander une modification de l’état des lieux d’entrée dans les dix jours suivant sa réalisation pour les éléments du logement. Pour le chauffage, il peut demander un complément pendant le premier mois de la période de chauffe.
La comparaison entre les deux documents permet de distinguer une dégradation imputable au locataire de la vétusté normale. Une peinture vieillissante ou un équipement usé par le temps ne peut pas être traité comme une détérioration volontaire.
Si l’une des parties refuse l’état des lieux contradictoire, un commissaire de justice peut intervenir. Les frais sont alors partagés par moitié. Dans les dossiers que je vois le plus souvent, le problème vient moins d’une mauvaise règle que d’un état des lieux trop vague, avec des mentions comme « bon état » qui ne permettent pas de prouver grand-chose plusieurs années plus tard.Lire aussi : Mettre en location sa résidence principale sans faux pas
La restitution du dépôt de garantie
Lorsque l’état des lieux de sortie correspond à celui d’entrée, le propriétaire doit restituer le dépôt de garantie dans un délai maximal d’un mois. En cas de différences justifiant des retenues, le délai passe à deux mois.
Toute retenue doit être appuyée par des justificatifs, comme un devis, une facture, des photographies ou les états des lieux comparés. Une provision peut être conservée pour les charges de copropriété, mais elle ne doit normalement pas dépasser 20 % du dépôt de garantie dans l’attente de la régularisation annuelle.
En cas de retard injustifié, la somme due au locataire est majorée de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé. Cette pénalité ne s’applique pas si le locataire n’a pas communiqué sa nouvelle adresse au moment de remettre les clés.
Le préavis dépend du logement et de la situation
Le locataire d’un logement vide doit généralement respecter un préavis de trois mois. Ce délai est réduit à un mois en zone tendue, à condition de le mentionner dans le congé. Il peut aussi être réduit pour certains motifs, comme une mutation professionnelle, une perte d’emploi, un premier emploi, l’obtention d’un logement social ou une situation de santé répondant aux conditions légales.Le locataire d’un logement meublé bénéficie d’un préavis d’un mois sans avoir à justifier d’un motif particulier. Le même délai s’applique au bail mobilité. Le préavis commence à courir à la date de réception du congé, et non à la date d’envoi de la lettre.
| Partie qui donne congé | Logement vide | Logement meublé |
|---|---|---|
| Locataire | 3 mois, ou 1 mois dans les cas prévus | 1 mois |
| Propriétaire | 6 mois avant la fin du bail | 3 mois avant la fin du bail |
Le propriétaire ne peut donner congé que pour vendre le logement, le reprendre pour l’occuper ou y loger un proche, ou pour un motif légitime et sérieux. Le congé doit respecter des formalités précises et parvenir au locataire dans les délais. Une simple conversation orale ou un message informel ne suffit pas.
Pour éviter une erreur de calcul, je recommande d’utiliser une lettre recommandée avec avis de réception, une remise en main propre contre récépissé ou un acte de commissaire de justice. Le loyer et les charges restent dus pendant le préavis, sauf si un nouveau locataire entre plus tôt avec l’accord du bailleur.
La méthode simple pour sécuriser une location
Avant la signature, le locataire doit vérifier la surface, le DPE, le montant des charges, le dépôt de garantie, les honoraires et la clause de révision du loyer. Le propriétaire, de son côté, doit réunir les diagnostics valides, utiliser un bail conforme et conserver les preuves des échanges importants.
- Contrôler le type de bail et sa durée.
- Comparer le loyer avec les règles de la zone géographique.
- Demander la liste complète des annexes avant la remise des clés.
- Photographier chaque pièce et chaque équipement lors de l’état des lieux.
- Conserver les quittances, courriels, factures et courriers recommandés.
- Ne jamais déduire le dernier loyer du dépôt de garantie.
Service-Public.fr permet de vérifier les règles liées à la zone tendue et aux démarches locatives, tandis que l’ANIL apporte des éclairages pratiques sur les états des lieux et les honoraires. En cas de désaccord persistant, la commission départementale de conciliation peut offrir une solution gratuite avant une procédure judiciaire.
Le détail à vérifier avant de remettre les clés
La meilleure protection reste un dossier cohérent du début à la fin. Un bail clair, un état des lieux précis, des justificatifs conservés et un préavis envoyé dans les formes évitent la majorité des conflits liés à la location.
La loi Alur donne un cadre solide, mais elle ne dispense ni le bailleur ni le locataire d’être attentifs aux détails. C’est souvent une date, une surface ou une simple photographie qui fait la différence lorsque le contrat arrive à son terme.